Des scientifiques développent un objet connecté pour contrôler les rêves

Dormio permet de contrôler ses rêves
L’objet connecté Dormio détecte quand l’utilisateur est sur le point de s’assoupir et guide ses rêves vers le thème demandé. © Oscar Rosello

Dormio sonnera-t-il le glas du syndrome de la page blanche ? Ce gadget connecté, à la fois capteur de sommeil assorti d’un dictaphone, est capable d’inciter un dormeur à rêver d’un sujet en particulier et l’aide à s’en rappeler au réveil. Ces songes inspireront peut-être une œuvre débordante d’imagination.

Voici dix ans maintenant, le cinéaste Christopher Nolan portait à l’écran certaines expériences de rêve lucide qu’il avait lui-même vécues, c’est-à-dire ces épisodes où l’on a conscience de nager au pays des songes, jusqu’au point parfois de pouvoir prendre les rênes des évènements plus ou moins délirants que son cerveau endormi imagine.

Ainsi, dans le thriller Inception (2010), l’intrigue gravite autour d’un défi proposé à l’espion Dominic Cobb, interprété par Leonardo DiCaprio, celui d’infiltrer les rêves d’une cible pour imprimer dans son esprit une idée, un désir. Le hic ? Ce projet fou va totalement à contre-courant de la procédure dont Cobb avait fait sa spécialité, à savoir d’entrer dans les rêves pour, au contraire, subtiliser des secrets bien gardés.

Sans transformer la technologie du rêve partagé, un élément majeur dans le film nécessitant par ailleurs l’injection d’une drogue, en réalité, une équipe de chercheurs dirigée par le MIT a justement réussi à souffler une idée à des dormeurs et à les pousser à l’incorporer dans leurs rêves.

Pour réaliser ce tour de force, les scientifiques ont mis au point un objet connecté appelé Dormio qui surveille le sommeil et oriente les rêves vers un sujet précis, se présentant sous la forme d’un bracelet dont certains capteurs se prolongent autour du doigt.

Rêver d’un thème en particulier semble offrir des bénéfices au réveil, notamment pour des activités créatives liées à ce thème.

Dès qu’il sent l’utilisateur sur le point de basculer dans le sommeil, Dormio lui lance une phrase pré-enregistrée lui suggérant de penser au thème désiré. Au réveil, le gadget encourage la personne à se remémorer ses rêves à voix haute et enregistre son récit, lequel pourra s’avérer contenir les bases d’une histoire très originale pour un roman, par exemple, ou encore des solutions inattendues à un problème. Un objet comme Dormio pourrait donc servir aux auteurs, aux cinéastes ou aux artistes en panne d’inspiration.

Comme les chercheurs l’ont annoncé dans le journal Consciousness and Cognition, la méthode qu’ils ont développée pour influencer les rêves et qu’ils ont appelée targeted dream incubation (que l’on pourrait grossièrement traduire par « rêve contrôlé »), ont donné des résultats prometteurs lors des derniers tests impliquant une cinquantaine de volontaires.

Le guide des rêves Dormio

Selon les chercheurs, Dormio peut suggérer au porteur n’importe quel thème sur lequel rêver du moment que ce dernier ait enregistré sa demande au préalable. Mais pour leur étude, Adam Haar Horowitz  du MIT et ses collègues se sont contentés d’un sujet a priori pas très extravagant, mais qui bien sûr peut donner naissance à des aventures des plus rocambolesques dans l’imagination du rêveur, en l’occurrence le mot « arbre ». 

Les chercheurs ont séparé les participants à l’expérience en deux groupes. La première moitié avait pour consigne de s’allonger et d’essayer de faire une sieste. Conçu comme un capteur de sommeil, Dormio s’appuie sur des signaux physiologiques tels que le ralentissement du rythme cardiaque ou le relâchement musculaire des doigts pour détecter le moment où les sujets errent à la limite de l’endormissement, lorsque les pensées et les sens se détachent du monde réel et que des visons oniriques commencent à se manifester.

C’est pendant cette phase à cheval entre l’éveil et le sommeil, que l’on nomme état hypnagogique, que Dormio a intimé aux rêveurs volontaires de « se rappeler de penser à un arbre ».

67% des récits des dormeurs portaient sur ou faisaient allusion au thème désiré.

Au bout d’une à cinq minutes de repos, le gadget réveillait les participants juste assez pour qu’ils puissent lui raconter ce dont ils avaient rêvé. Une fois leurs propos recueillis, il les invitait à se laisser glisser dans le sommeil à nouveau, puis reprenait la procédure au début. Dans leur étude, les chercheurs font part du succès de la méthode avec 67% des récits enregistrés pour ce groupe mentionnant le mot “arbre” ou des termes similaires, comme « feuilles », « racines » ou « bois ».

Au lieu de s’assoupir, les volontaires assignés au second groupe devaient fermer les yeux et se détendre, tout en restant assis et éveillé pendant toute la durée de l’expérience. Dormio s’animait selon le même protocole, les incitant répétitivement à penser au thème convenu puis leur demandant un compte-rendu de leurs pensées après quelques minutes de détente équivalentes à la mini-sieste autorisée pour les membres du premier groupe. Dans ce cas, 52% des récits mettaient en jeu des arbres (ou des éléments en rapport avec des arbres).

Un coup de pouce pour la créativité

Pour aller plus loin, les chercheurs entendent s’attaquer à des thèmes plus complexes. Ils espèrent que la technique de targeted dream incubation puisse faciliter la recherche sur le sommeil, les rêves, ainsi que sur leur utilité pour améliorer la créativité, la mémorisation et la résolution de problèmes.

« Rêver d’un thème en particulier semble offrir des bénéfices au réveil, notamment pour des activités créatives liées à ce thème », déclare le premier auteur de l’article présenté ci-dessus Adam Haar Horowitz dans un communiqué du MIT. « Ce n’est pas surprenant à la lumière des figures historiques tels que Mary Shelley et Salvador Dali, qui ont été inspiré créativement par leurs rêves« , remarque-t-il.

Sources

Présentation de Dormio à la conférence du Special Interest Group on Computer–Human Interaction de l’Association for Computing Machinery en 2018. © ACM SIGCHI